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La Thérapie par les Dauphins

Description de quelques études

Betsy Smith-David Nathanson- Projet auti-dauphin- Conclusion.

Les premiers travaux sur la delphinothérapie remontent aux années 1970, avec deux pionniers principaux : Betsy A. Smith et David Nathanson, aux Etats-Unis. Actuellement, les principaux résultats d'études sur la delphinothérapie sont ceux récoltés par Nathanson. Une étude relativement récente réalisée en Belgique, au delphinarium de Bruges a également publié certains résultats.

Betsy A. Smith

Anthropologue de l'éducation et professeur de faculté à l'université internationale de Floride à Miami, Betsy Smith s'est intéressée à la zoothérapie et fait partie des premières personnes à avoir eu l'idée d'utiliser le dauphin comme outil thérapeutique.

Les enfants ou adolescents que Smith mettra en contact avec des dauphins sont majoritairement des enfants autistes ou souffrant d'une déficience neurologique. D'après elle, les bienfaits thérapeutiques que l'on peut observer à la suite de ces interactions sont en grande partie dûs au mode de communication du dauphin : le dauphin communiquant essentiellement par le son et par un langage corporel extrêmement varié.

Les travaux de Betsy Smith ont commence au début des années 1970, avec
le « Dolphin Project ». En 1978, elle met sur pied le « Project Inreach » et, en 1981
le « Dolphin Plus Autism Project ».

a) Le Dolphin Project : est un programme mit sur pied par la World Dolphin Foundation au début des années 1970, dans la Baie de Key Biscane, en Floride et qui consiste à mettre des personnes handicapées en contact avec des dauphins dans le but d'observer ce qu'il ressort des interactions. Les dauphins évoluent dans un lagon et donc dans un milieu « naturel ». Les observations montrent que les interactions avec les dauphins semblent améliorer les aptitudes de communication et les capacités d'apprentissage chez certains individus. Sans doute le premier du genre, ce projet dont la procédure n'est pas rigoureuse servira de base aux recherches ultérieures de Betsy Smith, qu'elle tentera d'organiser méthodologiquement à la suite des hypothèses tirées de ses observations.

b) Le Project Inreach : a été mis sur pied en 1978-1979 afin d'apporter une confirmation ou non des observations du dolphin project. Les hypothèses sont, premièrement, la possibilité que certains enfants autistes développent des formes de communication nouvelle avec certains dauphins. Deuxièmement, qu'il y ait un bénéfice thérapeutique pour les enfants, les parents et l'ensemble du personnel soignant Le programme se déroule avec 3 dauphins captifs. Les enfants sont au nombre de 8, tous sont atteints d'autisme et leur âge varie entre 10 et 17 ans. Un total de 6 séances (de 4 à 6 heures) sont organisées, sur une fréquence allant de 1 semaine à 1 mois. Il s'agit de séances de groupe (tous les enfants sont présents). Les interactions sont libres (non contrôlées) et se déroulent hors de l'eau (les enfants restant sur le bord). Ils sont encouragés verbalement. L'équipe est composée des trois responsables du projet (dont B. Smith), d'un coordinateur des parents, des entraîneurs des dauphins, d'étudiants et des parents. Les conclusions de cette recherche exploratoire sont que l'expérience a été positive pour tous les enfants, avec cependant des résultats particulièrement significatifs pour un des enfants au niveau des démonstrations verbales (production de sons). Une augmentation importante des capacités attentionnelles des enfants a également été remarquée. Les observations et questions suscitées par cette « recherche » vont conduire B. Smith à réaliser une étude de cas : celle de Michael, l'adolescent autiste, le seul à avoir progressé de manière importante.

c) Dolphin Plus Autism : a case study . Il s'agit d'une étude de cas, plus particulièrement celle de Michael, l'adolescent autiste chez qui le contact avec les dauphins lors du projet précédent semble avoir eu des répercussions significatives. Les objectifs sont : utiliser le dauphin afin de créer un environnement permettant à la personne autiste d'agir et de se comporter de manière spontanée ; utiliser le dauphin et un encadrement humain afin d'orienter la communication à travers des comportements appropriés ; et établir qu'un comportement approprié peut être retenu et répété sur une période significative de temps et dans une variété de situations. Un total de 16 rencontres de durée variable seront organisées entre le 10 janvier 1982 et le 2 janvier 1983. Les dauphins sont au nombre de 6, évoluent dans un milieu « semi-captif », et ne sont pas renforcés lors des interactions. Michael est un adolescent autiste de 18 ans. Les interactions sont libres, et se déroulent aussi bien hors de l'eau que dans l'eau. Il est encouragé verbalement. L'équipe est composée de B. Smith, des propriétaires des dauphins, d'une thérapeute, des entraîneurs des dauphins et des parents. Comme conclusions, les auteurs du projet ont pu observer des progrès chez l'adolescent autiste en ce qui concerne son mode de communication, ses capacités attentionnelles, l'apparition d'initiatives,…certains de ces changements se généralisant également en dehors du contexte des rencontres avec les dauphins. Cependant, l'équipe souligne que l'ensemble de ces progrès ne peut être envisagé qu'à l'état d'observation et qu'aucune conclusion quant à l'effet spécifique des dauphins sur des enfants autistes ne peut être formulée, d'autres recherches et observations s'avérant nécessaires.

d) Le Dolphin Plus Autism Pilot Project : est l'étude la plus systématique de B. Smith qui, à la suite de ses observations précédentes désire récolter des données davantage « scientifiques ». Les objectifs de l'étude sont d'observer une différence éventuelle entre des enfants autistes faisant l'expérience d'une interaction directe avec des dauphins de ceux jouant avec des dauphins en plastique. Un total de 8 séances sont réparties sur une semaine. Les dauphins sont des dauphins semi-captifs et aucun renforcement n'est utilisé lors des interactions avec les enfants. Un total de huit enfants et adolescents autistes « sévères » entre douze et vingt-cinq ans, de sexe masculin sont sélectionnés. Les interactions avec les dauphins se passent dans l'eau et hors de l'eau, et sont contrôlées.
Les enfants sont répartis aléatoirement dans deux groupes : le groupe « dauphin » où les enfants interagissent réellement avec des dauphins et le groupe contrôle où les enfants vont jouer à la plage, dans l'eau, avec des dauphins en plastique durant une période de temps identique à celle du groupe dauphin.
L'équipe est composée de B.Smith, d'éducateurs, psychologues, ergothérapeute et entraîneurs des dauphins.
Les conclusions de l'équipe semblent montrer une amélioration remarquable chez les enfants du groupe dauphin en ce qui concerne la communication et leur pouvoir de concentration dans des ateliers de bricolage et des jeux tels que puzzles…

Conclusion : A partir du résultat de ses études, B.Smith en arrive à la conclusion que le dauphin Tursiops truncatus peut susciter, chez des enfants mentalement perturbés et en particulier des enfants autistes, des comportements spontanés non typiques et l'émergence de réponses sociales. Une augmentation du temps de concentration des enfants semble être une constante au niveau de ses observations. Selon elle, ce phénomène est en partie explicable par le jeu, la thérapie par le jeu, une des caractéristiques du dauphin étant son tempérament joueur. Elle insiste cependant sur le fait que ses études n'apportent pas de preuves scientifiques quant à un effet spécifique de la part du dauphin sur des enfants autistes, et que d'autres études sont nécessaires.
Même si ses travaux se sont limités aux dauphins captifs ou semi-captifs, elle est d'avis que des séances de thérapie utilisant des dauphins captifs entraînés à exécuter des performances et maintenus dans des bassins artificiels en ciment sont dépourvues de sens.
B.Smith met surtout l'accent sur le côté relationnel : elle parle de communication, de relation, d'émotion.
B.Smith a travaillé essentiellement avec des enfants autistes. Cependant, les autistes ne sont pas les seuls à avoir été mis en contact avec des dauphins dans un but thérapeutique, comme nous pouvons le constater avec les recherches de David Nathanson, autre pionnier de la thérapie avec les dauphins.

David Nathanson

Psychologue de formation, David Nathanson a mis sur pied plusieurs études dont l'objectif était de démontrer expérimentalement et scientifiquement ses hypothèses quant à l'efficacité des programmes de thérapie mettant en contact des dauphins avec des enfants souffrant de handicap divers.

Nathanson se base, entre autres, sur « l 'hypothèse du déficit d'attention » (Sokolov, 1963 ; Zeaman&House, 1963) qui suggère que la relative incapacité à apprendre des personnes mentalement handicapées est due à un déficit d'attention aux dimensions pertinentes d'un stimulus, plutôt qu'à une incapacité des processus ultérieurs. Dès lors, l'apprentissage peut être induit chez ces personnes en les exposant aux dimensions pertinentes d'un stimulus durant une période de temps suffisamment longue ce qui, secondairement, fait apparaître un comportement indiquant que l'apprentissage a pris place.

Nathanson se base également sur différentes recherches investiguant les bienfaits du milieu aquatique, l'intelligence des dauphins, le lien particulier entre l'homme et l'animal…

Parmi les différentes études mises sur pied par D. Nathanson, nous allons en citer trois : celles de 1989, 1991 et 1996.

a) « Utiliser le dauphin Tursiops truncatus afin d'augmenter les capacités cognitives chez des enfants handicapés mentaux » : est une étude qui a été menée en 1989 au Dolphin Research Center, en Floride.
Les objectifs sont de comparer les effets des interactions avec les dauphins sur l'élocution et la mémoire par rapport aux résultats obtenus dans une situation d'apprentissage en classe.
Les hypothèses sont que les fonctions cognitives telles que l'élocution et la mémoire des personnes mentalement handicapées peuvent être significativement rehaussées en plaçant ces individus dans une situation d'apprentissage dans l'eau, et avec la coopération des dauphins. Les prédictions sont qu'un changement de milieu, en l'occurrence l'apprentissage dans l'eau avec les dauphins comparé à un apprentissage en classe avec un professeur, peut augmenter le taux et la précision de l'apprentissage, étant donné que l'eau et les dauphins semblent contribuer à réduire le stress et augmenter l'attention.
Les enfants participant à cette recherche sont au nombre de 6 : 6 garçons âgés de 2 à 6 ans. Trois d'entre eux sont atteints du Syndrome de Down (ou trisomie 21), un souffre d'hydrocéphalie avec un retard développemental important dans tous les domaines, un autre d'une sévère aphasie et d'un retard de développement suite à une méningite contractée à l'âge de trois semaines, et le dernier souffre d'un polyhandicap dû à une maladie génétique rare.
Les dauphins sont des dauphins captifs et tout comportement interactif approprié de leur part est récompensé et renforcé avec de la nourriture.
Les séances sont individuelles, à raison d'une fois par semaine, sur une durée de six mois. Elles durent 1 heure, la première moitié de l'heure se passant dans l'eau avec les dauphins, la seconde moitié dans une classe. Une partie des enfants a comme tâche l'apprentissage de mots, afin de tester la mémoire, les autres enfants s'étant vus assignés la reconnaissance d'images, dans le but de tester l'élocution.
Lorsque les enfants répondent de manière appropriée, ils sont récompensés. Les récompenses consistent à nourrir les dauphins, les toucher, les regarder faire leurs tours, les embrasser ou encore nager avec eux dans la « condition avec les dauphins », et en un encouragement verbal, une étreinte ou/et baiser pour la « condition en classe ».
équipeL' est composée de Nathanson, un expérimentateur qui enseigne dans une petite classe, et un entraîneur de dauphins.
Les performances des 6 enfants sont meilleures dans l'apprentissage avec les dauphins. Ainsi, l'amélioration significative du taux et de la précision de la production verbale et de la mémoire observée chez les six enfants amène l'équipe à conclure que l'interaction avec les dauphins, dans l'eau, augmente l'attention des enfants ayant un retard mental.

b) « L'amélioration cognitive des enfants dans l'eau avec et sans dauphins » : est une recherche qui se déroule au Dolphin Research Center, de mars à juillet 1991. Les objectifs sont de comparer les effets sur le fonctionnement cognitif d'enfants handicapés du travail dans l'eau, en présence des dauphins à celui du travail dans l'eau avec un jouet.
Les enfants sont au nombre de 8, cinq filles et trois garçons, âgés de trois ans à huit ans et demi. Quatre d'entre eux sont atteints de Trisomie 21, trois autres souffrent de « cerebral palsy » (terme généralement employé pour décrire un désordre moteur apparaissant durant la période de développement, et résultant d'un dommage au cerveau), et le dernier enfant souffre d'une lésion cérébrale ou « brain damage ».
En ce qui concerne les dauphins, le même dauphin interagira à chaque fois avec le même enfant dans toutes les séances. Il s'agit de dauphins captifs, récompensés de la même manière que dans l'étude précédente.
Les sessions sont individuelles et menées entre une heure et trois heures de l'après-midi, le même enfant passant d'une condition à l'autre (condition dauphin et condition jouet), une pause d'une demi-heure séparant les deux.
La tâche consiste en la reconnaissance de formes géométriques (cercle, triangle, rectangle) : l'enfant doit soit nommer l'image qui lui est présentée, soit pointer la bonne figure parmi trois items.
Lorsque l'enfant répond de manière adéquate, il est récompensé de la même manière que dans l'étude précédente dans la condition dauphin, tandis que dans la condition jouet, au lieu d'interagir avec le dauphin il est autorisé à jouer avec son jouet favori, un laps de temps de 15 secondes.
L'équipe est composée de Nathanson, d'un cameraman, de membres de sa famille, d'observateurs et d'un entraîneur de dauphins. D'après les résultats obtenus, il semblerait que la fréquence des réponses verbales augmente alors que celle des absences de réponses diminue lorsque les dauphins sont utilisés comme renforcements, à la place des jouets.
Les conclusions qu'en tirent les auteurs de la recherche sont que les interactions structurées, dans l'eau, avec les dauphins permettent une plus grande amélioration des fonctions cognitives d'enfants handicapés que les séances dans l'eau, sans dauphins.

c) « Efficacité de la thérapie assistée par les dauphins à court terme pour des enfants souffrant de sévères invalidités » : est une étude réalisée en 1995 et 1996, à Dolphin Plus, en Floride.
Les objectifs sont de comparer les effets de la thérapie à court terme assistée par les dauphins à ceux obtenus lors des thérapies classiques, en se centrant sur deux domaines : les réponses motrices d'une part, et la production verbale d'autre part, d'enfants présentant divers handicaps.
Cette étude va donc comparer les effets de deux semaines de thérapie avec les dauphins à ceux obtenus après six mois de thérapie classique.
Le nombre total d'enfants ayant participé à cette étude est de 47 : vingt filles et vingt-sept garçons, âgés de 2 à 13 ans. Ils sont répartis en 2 groupes : 17 enfants dans le groupe 1 et 30 enfants pour le groupe 2.
Les diagnostics du groupe 1 sont : 16 paralysies cérébrales ou « cerebral palsy » et une lésion à la tête. Dans le groupe 2 on retrouve : 2 syndromes d'Angelman, 4 Autistes, 11 Retard Mental dûs à un dommage au cerveau à la naissance, 3 paralysies cérébrales, 1 syndrome du Cri-du-Chat, 5 Trisomies, 2 Rett Syndromes et deux Tuberous Sclerosis.
Les dauphins sont des dauphins « semi-captifs » récompensés par de la nourriture lors des interactions avec les enfants. Le même dauphin interagira avec le même enfant lors de toutes les séances.
Les sessions sont individuelles, contrôlées, quotidiennes pendant 15 jours, et d'une durée de 2 X 20 min.
La tâche demandée aux enfants consiste, pour le groupe 1, à réaliser par eux-même des tâches nécessitant une activité motrice fine ou plus générale, comme par exemple placer un anneau à travers un piquet. Pour le groupe 2, le but à atteindre est que l'enfant prononce, de lui-même, un mot ou une phrase. Comme récompense à toute réponse correcte, les enfants interagissent dans l'eau avec les dauphins.
L'équipe est composée de Nathanson, d'un thérapeute, de stagiaires, d'entraîneur de dauphins et d'instituteurs d'enseignement spécial.
Les conclusions de l'équipe est que le traitement à court terme avec les dauphins est plus efficace que les 6 semaines de thérapie classique, les enfants obtenant de meilleurs résultats plus rapidement.

Conclusion : A la suite de ses recherches, David Nathanson conclut que la présence des dauphins auprès d'individus souffrant de sévères handicaps augmente le niveau d'attention et la motivation de ceux-ci, ce qui a des résultats significatifs lors des séances de thérapies centrées sur les habilités motrices, l'élocution et le langage.
Nathanson met donc l'accent sur l'aspect cognitif (attention, motivation) des thérapies avec les dauphins alors que B. Smith était davantage centrée sur le côté relationnel (communication, émotion).
Contrairement aux études de B. Smith qui se sont centrées sur des enfants autistes uniquement, les études de Nathanson regroupent un spectre plus large de diagnostics. Nathanson va même jusqu'à dire que l'autisme n'est pas la pathologie la plus « rentable » pour les thérapies avec les dauphins, les enfants autistes ayant besoin de longues périodes d'adaptation.
Ses recherches incluent un nombre plus élevé d'enfants que celles de l'auteur précédent, et on y retrouve des filles et des garçons. Les séances sont davantage structurées, et les interactions avec les dauphins contrôlées. Nous pouvons donc observer une différence marquée entre les deux auteurs, au niveau de la méthodologie utilisée, celles de Nathanson se rapprochant davantage à toute démarche scientifique.

Après avoir abordé les pionniers principaux de la thérapie par les dauphins, nous pouvons nous tourner vers une étude qui s'est basée sur ces deux auteurs : le projet Auti-dauphin.

Le projet Auti-dauphin

Le projet auti-dauphin est le seul projet de ce genre ayant eu lieu en Belgique. Il s'est déroulé au delphinarium de Bruges sur une période de quatre années : de 1992 à 1996. Il se base essentiellement sur les travaux réalisés par Smith et Nathanson, et trouve ses origines dans les demandes répétées de parents d'enfants autistes ayant entendu parler dans la presse des résultats « spectaculaires » des programmes thérapeutiques américains mettant des enfants autistes en contact avec des dauphins…
Ce projet se réalisera sous la forme d'un projet de recherche grâce à l'aide de Véronique Servais, psychologue et membre du Département d'Anthropologie de la Communication à l'Université de Liège, et avec la collaboration active du delphinarium et d'une institution (internat) hébergeant des enfants et adultes légèrement ou sérieusement handicapés mentaux, dont un certain nombre d'enfants autistes.

Il est important de s'arrêter un moment sur la position du directeur de l'institution par rapport à l'autisme et aux dauphins, et de comprendre dans quel état d'esprit le projet auti-dauphin s'est mis en place. Selon lui, le traitement c'est l'éducation. Ce dont il est question ici, c'est d'apprentissage et d'éducation. Il établit clairement sa non appartenance à l'univers merveilleux qui entoure les dauphins et est d'un scepticisme radical quant à un effet thérapeutique possible des dauphins sur les autistes. Cette position est également partagée par les membres du delphinarium, mais non pas par Véronique Servais pour qui le côté relationnel et communicationnel a son importance dans le processus « thérapeutique ».
L'état d'esprit général de l'équipe de recherche sera donc caractérisé par une sorte de lutte contre la magie tournant autour du dauphin, et guidera le choix de la méthodologie et le déroulement des séances : tous les efforts de l'équipe seront dirigés vers la rigueur, la rationalité, l'objectivité, au détriment de l'émotion, la communication, la relation…

Nathanson parlant essentiellement de motivation et d'attention, les liens avec la philosophie de travail de l'institution des enfants deviennent donc de l'ordre du possible : la motivation et l'attention étant liés à l'apprentissage d'une part, et représentant deux problèmes caractéristiques des enfants autistes d'autre part. Les idées de Smith, par contre, rencontrent davantage d'opposition avec des concepts tels que interaction, communication, jeu, etc.

Le projet auti-dauphin est composé de deux parties, que nous nommerons « première recherche » et « seconde recherche ».

a) La première recherche : la première session débute en février 1992, au delphinarium de Bruges.
Le groupe de travail se focalise sur deux objectifs : le premier étant de se rendre compte si le dauphin, en tant que facteur de motivation et d'augmentation de la concentration, peut favoriser l'apprentissage chez des enfants autistes. Le second objectif étant d'observer si les interactions avec les dauphins ont un effet positif sur le comportement social et sur les capacités de communication de ces enfants. L'appréciation de ce second objectif étant davantage basée sur l'observation que sur des résultats mesurables, il est donc moins important aux yeux de l'équipe.
L'équipe comparera l'apprentissage d'une tache particulière avec les dauphins à deux autres situations : une situation d'apprentissage à l'ordinateur et une situation d'apprentissage « normale » avec les enfants autistes.
Les enfants sont au nombre de 9, huit garçons et 1 fille, âgés de 7 à 11 ans et tous sont atteints d'autisme. Ils sont répartis en 3 groupes : les groupes « dauphin » et « ordinateur », qui sont les groupes expérimentaux, et le groupe contrôle (apprentissage normal).
Les dauphins sont des dauphins captifs par excellence, au nombre de 8, et ils sont récompensés par du poisson lors de leurs interactions avec les enfants.
Les séances sont individuelles, d'une durée de 15 à 20 minutes, hebdomadaires, et le nombre varie en fonction du groupe considéré (dauphin, ordinateur ou contrôle). Les enfants ne vont pas dans l'eau avec les dauphins. Lors de toute bonne réponse, ils sont encouragés et récompensés en ayant la possibilité de caresser les dauphins ou de leur donner un poisson. Les interactions avec les dauphins sont contrôlées.
En ce qui concerne la tâche à apprendre aux enfants, il s'agit de l'apprentissage de la combinaison de formes et de couleurs, tâche aisément adaptable aux trois situations expérimentales. Sept formes et quatre couleurs sont utilisées. Au delphinarium, l'enfant doit placer au bon endroit des formes colorées en liège apportées par les dauphins dans un tableau à double entrée.
L'équipe est composée de la directrice du delphinarium, de V. Servais, de l'entraîneur des dauphins, et de quatre représentants de l'institution : le directeur, 2 éducateurs, l'orthopédagogue.
Les résultats de cette première recherche vont en faveur du groupe dauphin, les enfants y obtenant des scores plus élevés que dans les deux autres conditions.

b) La deuxième recherche : se déroule en continuation de la première, les objectifs restant les mêmes.
Cependant, le nombre de groupes est ici réduit à deux : le groupe expérimental, (le groupe dauphin), et le groupe contrôle, (le groupe classe).
Les enfants sont au nombre de six, trois d'entre eux ayant participé à la première recherche. Il s'agit de quatre garçons et deux filles, de neuf à treize ans, tous autistes, et atteints d'un retard mental important.
Concernant les dauphins et l'équipe, les mêmes remarques peuvent être faites que lors de l'étude précédente.
La tâche à apprendre est du même niveau de difficulté que celle de la première recherche et fait appel aux mêmes processus de réflexion : les enfants doivent apprendre à reconnaître une combinaison de couleurs différentes, parmi trois combinaisons possibles.
Les séances sont individuelles, hebdomadaires, d'une durée de 15 minutes environs et leur nombre varie selon le groupe. Les enfants ne vont pas dans l'eau avec les dauphins, et comme récompense à toute réponse correcte, ils donnent du poisson aux dauphins. Les interactions sont contrôlées.
Les résultats de cette seconde recherche ne confirment pas ceux de la première, aucune différente marquante entre les deux groupes n'apparaissant. L'équipe en conclut que tous les enfants ont appris quelque chose, aussi peu soit-il.

Conclusion générale du projet : Au terme des quatre années du projet et malgré tous les efforts d'objectivation, les résultats obtenus ne permettent pas de tirer des conclusions scientifiques quant à l'effet positif des dauphins sur l'apprentissage des enfants autistes. Aucun changement notable sur le plan social ou communicatif n'a été constaté non plus, à l'exception du nouveau pôle d'intérêt des enfants (les dauphins) et leur familiarisation avec l'eau. Le groupe de recherche conclut également que l'interaction entre des dauphins et des enfants autistes n'augmente pas l'attention de ceux-ci, les mesures d'attention n'étant pas corrélées avec la présence des dauphins, et les résultats des apprentissages ne sont pas non plus corrélés à l'intérêt porté pour les animaux.

Selon l'équipe, une recherche permettant de « prouver » l'effet des interactions avec des dauphins sur l'apprentissage est par définition irréalisable avec des enfants atteints d'autisme, car ils ont besoin d'une longue période d'adaptation à tout nouvel environnement, et des adaptations aux particularités de chaque enfants seraient nécessaires.

Le projet auti-dauphin se démarque des travaux de Smith et Nathanson à plusieurs égards : le scepticisme marqué par rapport à l'idée que les dauphins puissent être d'une aide thérapeutique auprès d'enfants handicapés, en l'occurrence ici des enfants autistes. Une lutte constante contre l'univers merveilleux du dauphin, et un souci d'objectivation et de rigueur extrême, ne laissant pas de place à des concepts tels que communication, interaction, car se rapprochant de trop près du mythe personnifié de l'animal.

Les membres de l'équipe soulignent de nombreuses limites à cette étude, comme par exemple le fait que l'expérience de la seconde recherche n'est pas une reproduction de la première : l'organisation des séances est modifiée, les groupes dauphins et classe diffèrent à plus d'un titre, chacun des groupes d'enfants a été traité différemment, etc. Ils en concluent donc qu'il ne s'agit pas d'une véritable étude expérimentale répondant aux critères de scientificité.

Le point de vue de Véronique Servais par rapport au processus d'objectivation permet de poser un regard différent sur le projet auti-dauphin. L'idée avancée est que le processus d'objectivation lui-même pourrait bien être responsable de la disparition de l'effet positif de l'animal : l'expérimentation ne serait pas un contexte neutre mais plutôt un contexte défavorable à la mise en évidence de l'effet de l'animal, celui-ci ne pouvant pas apparaître. Et cela en raison de l'instauration brutale de neutralité, objectivité, contrôle, mesures, dans un domaine rempli d'imaginaire, de rêverie, d'illusion… Selon elle, la différence au niveau des résultats d'une année à l'autre est en partie explicable par ce point de vue-la : détendue et amicale la première année car l'équipe ne possède pas encore de point de repère quant à la manière de mettre les enfants en contact avec les dauphins, l'ambiance l'est beaucoup moins la seconde année. Les enfants ne sont plus des partenaires dans l'organisation progressive des séances, et leurs comportements doivent atteindre des critères bien définis. Ils doivent se conformer, les membres de l'équipe ne tiennent plus compte de leurs réponses. L'équipe a atteint la neutralité « nécessaire » et la désimplication émotionnelle totale, sorte d'aveuglement volontaire pour tout ce qui n'est pas compris dans les objectifs, les attentes.

Selon Véronique, il faudrait donc réintroduire des notions de communication, interaction, relation, en acceptant que ces phénomènes « immatériels » font pourtant partie du réel. Ce qui est thérapeutique alors, ce n'est pas le dauphin mais le contexte construit avec le dauphin, autour des comportements de l'enfant, en acceptant de considérer ceux-ci comme des réponses à notre propre comportement à leur égard. La sensibilité à l'émotion et, probablement au plaisir, sont des ingrédients essentiels à la zoothérapie.

En conclusion

Après cet aperçu concernant les recherches sur les thérapies avec les dauphins, il semble que nous ne pouvons pas affirmer qu'il soit prouvé scientifiquement que les dauphins ont un pouvoir spécial de guérison sur des enfants autistes ou atteints d'handicaps, quels qu'ils soient.
En effet, ce qui caractérise les études de B. Smith c'est avant tout le caractère exploratoire de ses recherches. Elles permettent tout au plus de récolter des observations à la suite d'interactions non dirigées entre des enfants autistes mis en contact avec des dauphins, et de servir de base pour des recherches ultérieures. Bien que ne répondant pas aux critères de scientificité, son travail a joué un rôle non négligeable dans le développement de ce nouveau domaine de recherche.
David Nathanson, quant a lui, a mit sur pied des études plus structurées qui se rapprochent davantage du modèle d'une recherche scientifique. Cependant, l'ensemble des critères scientifiques ne sont pas présents et ne nous permettent pas non plus de conclure scientifiquement à un effet thérapeutique du dauphin.
Le projet auti-dauphin qui s'est distingué par un souci d'objectivité et de rigueur extrême a également des limites concernant sa validité scientifique.

Cependant, même s'il n'est pas prouvé scientifiquement que les dauphins ont un pouvoir thérapeutique, il ne faut pas non plus tomber dans l'excès inverse et condamner d'emblée les programmes qui mettent en contact des enfants et des dauphins. L'important réside sans doute dans la manière dont on aborde ce genre d'expérience, dans sa présentation et dans son déroulement.

La delphinothérapie est à resituer dans le champ de la zoothérapie, secteur qui prend une amplitude de plus en plus étendue, et dont les effets positifs sur la santé physique et morale sont reconnus.

Nathalie Richard - Panama City Octobre 2001

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